Territoire de perse

Du néolithique aux Proto-Elamites

A l’ouest de l’Iran, l’Elam est un haut pays montagneux qui côtoie la plaine de Mésopotamie”. Mentionné à plusieurs reprises dans la Bible, il correspond la plaine de la Susiane et aux montagnes du Zâgros qui la bordent. Il marque l’extrémité orientale du Croissant Fertile’, qui s’etend de la Syrie au Zâgros: c’est là, dans cette jonction géographique del’Europe et de l’Asie, que se trouvent les premiers témoignages d’une civilisation sédentaire, agricole et urbaine.

La préhistoire iranienne est encore mal connue. Des silex taillés attestent de la présence de l’homme paléolithique* venu d’Afrique en Iran il y a au moins —50’000 ans. Dans l’histoire de l’humanité, des changements profonds interviennent dès le —IX’ mil. et sont l’aboutissement d’une longue évolution antérieure. Alors que les populations nomades vivaient de chasse et de cueillette, elles se sédentarisent, domestiquent des animaux (les moutons, les chèvres, puis les bovins) et construisent des villages en pisé* puis en brique crue. Au, IXe mil. les premières céréales (l’orge et le blé) sont cultivées. L’agriculture, avec son économie et son mode de vie, se met en place et influence l’organisation des villages et de la société. Dans tout le Moyen-Orient, la céramique (terre cuite) se répand au —VII’ mil. Ce n’est pas à pas, au fil des vestiges, que nous pouvons suivre cette « révolution » néolithique”, qui marque le passage à une économie villageoise, sédentaire et agricole. Les sites fouillés en Anatolie (Chatal Hüyük), en Cisjordanie (Jéricho), en Syrie (Tell Halaf), en Mésopotamie (El Obeid), nous renseignent sur les étapes d’un développement lent, graduel et diversifié. En Iran, de nombreux villages apparaissent dans la vallée de la Susiane et sur le Plateau : les ruines superposées de leurs constructions forment aujourd’hui des collines artificielles (tapeh*). En Mésopotamie comme en Iran, une autre étape est franchie entre le —IVe et le mil. : l’urbanisation.

Des villages aux villes

En Mésopotamie, ou des sumériens et des Sémites se sont installés dans les plaines traversées par le Tigre et l’Euphrate, le développement de la société et du commerce favorise la naissance de la ville. Alors que les maisons des villages néolithiques étaient construites sans plan précis, les édifices des villes sont organisés en fonction des besoins et de la structure de la vie religieuse, politique et économique. Fortement hiérarchisée, l’organisation sociale est couronnée par un roi-prêtre qui fait communier la population avec le Divin. Des administrations sont constituées, des sceaux et des tablettes comptables sont employés pour les échanges commerciaux. A la fin du ~IV mil., l’écriture apparait : d’abord le cunéiforme en Mésopotamie, puis les hiéroglyphes en Egypte. Au millénaire suivant, les textes (archives administratives, hymnes religieux, récits mythiques) se multiplient et permettent de nommer les dynasties, de connaitre la religion, de suivre la mémoire des évènements : l’histoire est née.

Les cites se développent aussi bien en Mésopotamie (époque d’Uruk) qu’en Elam. En Iran, Susa, l’une des plus anciennes villes du monde, témoigne de ces transformations et constitue la référence de l’histoire ancienne du pays. D’abord village néolithique fonde vers ~ 4000, elle se transforme en ville au tournant des ~IV et ~III mil. De la ville sumérienne d’Uruk, Suse emprunte le sceau-cylindre et une comptabilité écrite.

Les Proto- Elamites(V.~3100-~2700)

La dynastie élamite n’est pas iranienne et son origine est obscure. C’est pourtant avec elle que l’on fait débuter l’histoire culturelle de l’Iran, car on lui doit la fondation de la première civilisation urbaine et historique.

En Elam, des montagnards nomades, venus du Fars vers ~3000, se sédentarisent dans la Susiane. Après la disparition de la domination d’Uruk sur l’Elame, ils s’emparent de Suse et fondent Anshan, une ville située près de Shiraz et redécouverte seulement en 1970. Relativement peu inspires par la Mésopotamie, les Proto-Elamites créent un art a l’esthétique dite archaïque, dans laquelle les figures humaines sont rares et ou prédominent des représentations stylisées d’animaux. Au début du ` III mil., leur langue était écrite dans un système pictographique que l’on n’a pas encore entièrement déchiffré, et qui, dès le ~XVI s., empruntera les caractères cunéiformes de l’écriture akkadienne de Mésopotamie. Le développement des voies commerciales met en relation l’Elam avec des civilisations lointaines, situées a l’est de l’Iran et que des historiens modernes appellent « Trans- Elamites ». Ce commerce de pierres et de métaux constitue un vaste réseau d’échanges « inter-iraniens » : dès le ~ III mil., il s’épanouit de la Mésopotamie a la vallée de l’Indus et ne s’éteindra qu’au ~ XVII s. Les populations recommencent à nomadiser vers ~ 2800 et abandonnent Susa. C’est la fin d’une période « proto-élamite », dont le développement urbain, religieux et social préfigure celui de la civilisation élamite quelques siècles plus tard.

Les Elamites (~2500-~460)

Vers~2700, et pendant plusieurs siècles, Suse revient sous la domination de la Mésopotamie qui voit apparaitre les premières dynasties dont l’histoire a retenu les noms et les dates : les dynasties archaïques d’abord (~2800-~2350), puis le royaume d’Akkad ou Agade (~2350-~2200), fonde en Babylonie par Sargon. C’est le début de ce processus, moteur de l’histoire qui voit des empires se constituer à partir de cites lesquelles tendront à conquérir ou annexer les territoires limitrophes. Se la Mésopotamie, Susa emprunte alors la lagunage et l’écriture cunéiforme, le panthéon des dieux, les temples et l’esthétique.